« Soupçons » : une nouvelle de Patricia Burny-Deleau

 

22-Soupçon illustration demandée

(Temps de lecture : 3 mn)

Ils étaient là, tous les deux, bien tranquillement lovés dans leur canapé, dégustant ensemble un énorme saladier de pop-corn pendant la diffusion d’un de leurs films préférés « Avatar » quand un téléphone vibra.
À l’image de son héros il réintégra son corps terrestre, paralysé lui aussi, pas au sens propre mais par la terreur de la trahison. En effet, depuis deux semaines elle recevait de bien étranges messages, se limitant à un émoticône, envoyés en numéro masqué. Quand il avait enfin pu subtiliser en pleine nuit ce maudit instrument qu’elle ne quittait plus jamais, il avait constaté qu’elle l’avait vidé de tous les messages et de tous les contacts même les favoris ! Il ne subsistait dans la mémoire que ces satanés visages jaunes qui revenaient à un rythme plus ou moins régulier. Si encore il n’y avait eu que ces ridicules symboles, mais non ! Dès qu’elle en recevait un, elle appelait puis quittait la pièce appareil à l’oreille pour un conciliabule plus ou moins long dont il ne pouvait intercepter la moindre bribe, elle y veillait !

Cette fois, c’était décidé, il en aurait le cœur net ! Son samedi après-midi était fichu, sa vie entière ne le serait pas ! Il entra d’un pas décidé dans la chambre du fond où elle s’était réfugiée et la surprit en plein essayage de ses tenues préférées. D’un air coupable, elle bredouilla une vague excuse au sujet de l’enterrement de vie de jeune fille surprise d’une collègue de bureau qu’il ne connaissait pas et auquel elle venait soi-disant d’être conviée. Elle s’engouffra très vite dans la salle de bains en évitant son regard. Il ne demanda aucune explication supplémentaire car ses yeux fureteurs avaient repéré l’objet de sa convoitise dont le coin dépassait à peine d’une des robes négligemment jetées sur le lit. Effaré, il y lut : « Vingt heures, restaurant Bertrin, en tenue de soirée s’il te plaît. » Le ciel lui tomba sur la tête ! Il aurait finalement préféré une énième tache souriante. Il ne put s’empêcher de regarder autour de lui pour détecter l’éventuelle présence d’une caméra, de copains rigolards qui lui confirmeraient que tout ça n’était qu’un canular monté de toutes pièces ! Mais non, il lui fallait redescendre sur Terre une nouvelle fois, cet avatar n’était pas virtuel, cela se passait dans la vraie vie !

Il reposa la robe qu’il avait à peine soulevée, se demandant même s’il avait bien fait, puis la décharge d’adrénaline le mit en mode combat. Il la laisserait partir,  avec le sourire en plus, puis il se changerait lui aussi. En grande tenue, ils auraient de quoi l’admirer ! Porté par les ailes non pas du dragon écarlate Toruk mais celles tout aussi rougeoyantes de sa colère, il y serait lui aussi au rendez-vous ! On allait le voir et l’entendre !

À l’heure exacte, il se gara rageusement, fourbit une nouvelle fois ses armes de reproches et de rancœur  puis fit une entrée fracassante…dans un établissement étrangement sombre et silencieux, ce que sa fureur l’avait empêché de remarquer à l’extérieur. Médusé, il se figea sur place et mit un certain temps ensuite à prendre conscience de ce que ses yeux et ses oreilles lui envoyèrent comme informations. Cela commença par des crépitements de flashes puis l’éclairage complet de la salle réservée barrée d’une grande banderole : «Joyeux anniversaire» avec tous leurs amis regroupés dessous qui crièrent simultanément :

— Surprise !

Ensuite l’amour de sa vie vint l’embrasser en lui susurrant :

— Bon anniversaire mon chéri. Nous avons déjà célébré tes trente ans tous les deux le mois dernier jour pour jour mais aujourd’hui tous tes amis se sont réunis pour ta fête !

Avec un sourire malicieux, elle afficha sur son téléphone un émoticône amoureux surmontant un « Je t’aime » en majuscules. Alors il ressentit dans son cœur le pouvoir de paix et de force d’Eywa transmis non par l’Arbre des âmes mais par ce petit bout de femme qu’il aimait à la folie et dont il ne douterait plus jamais !

 


Patricia Burny-Deleau participe à la relecture en amont des œuvres publiées sur ce blog. Dans la revue Le cri du menhir n°16, spécial mythes au logis, elle est l’auteur de la nouvelle « L’antre du dragon ». Vous pourrez découvrir d’autres œuvres de Patricia, publiées sur le site Short édition, en venant explorer sa page auteur .

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