« On devrait toujours être légèrement improbable »: un recueil de Valérie Labrune / L’interview

Couv V. Labrune bichro

(Temps de lecture: 4 mn)

  • Qu’est-ce qui t’a amenée à ce projet de recueil de nouvelles chez Chemin Faisant ?

Je suis vénale. J’ai récemment explosé mon budget fringues chez Tati et il me fallait les babouches qui vont bien pour achever le tableau.

 

  • Sérieusement ?

Le moins possible, de préférence.

 

  • Et la vérité, c’est… ?

Oui, tu t’en doutes, on n’arrive pas là par hasard, il y a eu un événement qui m’a amenée à passer à la publication alors que je n’en avais pas la moindre envie avant. On se dit tout? Un soir, alors que je sortais de ma douche, un fan a surgi de derrière mon porte-savon et m’as mis un couteau sous la gorge pour m’arracher la promesse de publier mes écrits. Il est vrai que je devais ça à la plèbe, que je n’avais pas le droit de la priver de mon incommensurable talent, quelles que fussent les résistances de ma modestie naturelle. J’ai d’abord pensé lui envoyer mon genou dans les valseuses mais il se tenait fermement collé derrière moi et semblait puissamment troublé dans cette région. Et puis, statistiquement, malgré ma grande souplesse d’esprit et de buste, je n’avais aucune chance. J’ai bien fait, il se trouve que mon agresseur s’appelle Jésus, qu’il s’avère être un bel Argentin au regard de braise ainsi qu’au trouble conséquent et obstiné. Finalement, j’ai dit OK. On a fêté ça jusqu’à l’aube mais il s’est envolé par la fenêtre dès que j’ai évoqué mon désir de lui présenter ma mère.

 

  • D’où vient le titre du recueil ?

J’ai toujours profondément aimé la traduction française de cette citation d’Oscar Wilde. J’ai la fâcheuse tendance de vouloir réaliser mes rêves dans la vie. C’est grisant. Quand j’ai commencé à écrire il y a trois ans, et non pas à trois ans -ça pourrait semer la confusion sur la qualité de mes écrits-, ce sentiment de côtoyer l’improbable a pris de l’ampleur. Sans doute par le fait d’accéder au potentiel supplémentaire qu’offre l’imaginaire via le super pouvoir de l’écriture.
Mes histoires sont en quelque sorte des doubles vies qui puisent dans la vraie. Elles s’abreuvent, à mon esprit dérangé, d’improbables réalités dans lesquelles je me vautre avec beaucoup de plaisir, quelques angoisses monstrueuses aussi, une fois posé le dernier mot de l’histoire. Dans ces moments-là, au nom d’un doute, je peux tout écraser d’un clic sur mon ordi.

 

  • Pourquoi avoir choisi Chemin Faisant ?

Ben, c’est plutôt Chemin Faisant qui m’a choisie ! Quand tu en tiens le blog et la page Facebook depuis deux ans, que tu fais la promo des copains, mois après mois, et qu’on te martèle : « Et toi, quand est-ce que tu y passes ? », ça influence pas mal le libre arbitre. Bref, y’avait de la lumière, je suis entrée.

 

  • Peux-tu nous en dire plus sur les nouvelles choisies pour ton recueil ?

Non, mieux vaut le lire… Que dis-je, le lire… l’acheter! Mais, à titre de geste commercial, je peux te refourguer, en plus de son 06, la quatrième de couv’ de Patrick Barbier :

Valérie Labrune s’est spécialisée dans l’improbable.
Juste parce qu’elle voit les choses derrière les choses et qu’elle parvient à nous emmener avec elle dans des endroits où rien ne nous semblait remarquable cinq minutes avant.
Comme un petit môme sautant dans une flaque, créant ainsi, le temps de deux ou trois secondes un arc-en-ciel à sa mesure.
Chaque nouvelle de ce recueil est une des couleurs de cet arc-en-ciel.

Il écrit bien, hein, le Patrick? J’aime beaucoup. Entre nous, ce n’était pas le premier jet. J’ai même dû sortir le fouet. Je l’avoue, il m’a fallu censurer la première logorrhée du tigre (137 867 signes espaces non compris) afin qu’il ne me case pas sans vergogne une nouvelle inédite au dos du livre. Eh oh, manquerait plus qu’il affadisse mes effets avec son éloquence naturelle! Mais c’est typique des personnes qui n’ont pas lu le livre: on meuble quand on ne sait pas quoi dire. Qu’il me ressorte plutôt un cinquième recueil, Patrick, ça manque!

 

 


« Cet entretien a été réalisé par Valérie Labrune, devant un miroir sans teint qui, tout au long de son déroulé, s’est obstiné à ne refléter que sa babouche gauche. Les réponses, à trois exceptions près, ne lui ont pas été extorquées sous la torture. Le rôle de l’Argentin, faute de fonds suffisants, a été tenu par un antique Breton connu dans son canton sous le doux nom de « Chironimo l’implacable ». Il aurait survécu à sa nuit et à sa chute.
Valérie Labrune est à Chemin Faisant ce que le Mahatma Gandhi est au culturisme, une improbable imposture. Mais soyez-en sûr, sans elle Chemin Faisant ne serait pas. Sans elle, un trotsko-marseillais comme Alain Chenoz croirait encore que la Bretagne se trouve dans l’est, juste derrière le Jura. Sans elle, Patrick Barbier écrirait beaucoup moins bien. Sans elle, les menhirs ne crieraient pas si fort. Sans elle enfin, nous n’aurions pas tous si affreusement honte de l’aménagement de nos jardins. Allez, lisons tous ces improbables nouvelles, elles nous attendent! »

James Wouaal

 

 

 

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