« L’araignée au bout du fil » : un inédit de Mlle Derfoul pour « Le cri du menhir n°16 »

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La revue Le cri du menhir n°16 comporte des inédits. Oui, après deux crashs d’ordi, plusieurs textes ont été perdus et le staff ne sait plus trop lesquels… The boulette!
(NB: À défaut de pouvoir proposer la version papier, il est proposé à tous ceux qui se savent concernés et que nous n’aurions pas encore contactés de publier sur le blog l’œuvre qui a été malencontreusement écrasée.)
Ce jour, nous vous proposons une légende racontée par Mlle Derfoul…

 

(Temps de lecture: 3 mn)

La petite Léa, venant de subir une grave opération, était en convalescence. Allongée à l’ombre du vieux mûrier aux côtés de sa grand-mère qui brodait son canevas en méditant, elle observait depuis un long moment une araignée qui tissait sa toile avec habileté. Tout sourire, elle interpella sa grand-mère:

 

—     Dame araignée est beaucoup plus rapide que toi et sa toile est parfaite.

La grand-mère leva la tête et répondit d’un air amusé :

—  Aucun tisserand au monde n’égalerait Âraina ma chérie.
—  Âraina ? Pourquoi la nommes-tu ainsi grand-mère ?
—  Parce que c’est son véritable nom et tisser son véritable métier.

Elle adossa Léa au pied de l’arbre ajoutant un coussin afin de l’installer plus confortablement.

—  Veux-tu que je te raconte sa triste histoire ?

Léa ouvrit grand ses yeux, impatiente d’écouter le récit.

 

—  Il y a bien longtemps, pour les cérémonies d’apparat, les dieux ne se paraient que de majestueuses étoffes le plus souvent tissées de fils de soie, de lin, d’or et d’argent.

Fille d’un grand tisserand, seule enfant du couple, Âraina musardait dans l’atelier depuis sa plus tendre enfance. Elle se prit de passion pour ce noble métier.

Un jour, elle entreprit d’égayer les étoffes jusque-là unies. Elle maria avec adresse les couleurs et créa de nouveaux motifs admirables. Sa réputation grandissait au fur et à mesure qu’elle avançait en âge et traversait toutes les contrées. Elle parvint aux oreilles d’Athéna, la femme la plus belle, la plus vénérée et la plus crainte du pays.

Pour s’assurer de la véracité de ces dires, Athéna prit l’apparence d’une vieille femme laide et se rendit chez Âraina. Elle admira ses créations, plus sublimes les unes que les autres. Devant tant de beauté, elle resta ébahie et, bien malgré elle, flatta la jeune femme puis ajouta :

—  Ne craignez-vous pas la colère d’Athéna jeune fille ? Vous savez que nul ne peut concourir avec elle.

—  Pas du tout ! répondit Âraina sans méfiance. Athéna possède la beauté d’une déesse, les secrets les plus redoutés mais elle ne rivalisera jamais avec mon don. Mon doigté relève des dieux et mes créations sont dignes d’eux et d’eux seuls. Athéna est d’une beauté que je ne possèderai jamais ; elle siège aux cotés des dieux mais dans un futur proche j’y aurai moi aussi ma place.

—  Tu sembles bien sûre de toi » s’écria la vielle dame. Que d’ambition de la part d’une simple tisserande.

—  Pourquoi ne serais-je pas fière et ambitieuse ? Venez donc constater par vous-même.

Pour la première fois Âraina permit à une âme étrangère de pénétrer dans un endroit secret de son atelier. Athéna y découvrit des ouvrages encore plus beaux qui la laissèrent sans voix. La jalousie de la déesse fut si grande qu’elle ne put se contrôler et reprit sa forme initiale devant la pauvre Âraina  qui, devant cette trahison, ne trouva pas les mots pour qualifier cet acte. Les yeux pleins de chagrin, elle ne cessait de murmurer :

—  Ce n’est pas digne des dieux, non ce n’est pas digne des dieux.

Elle grimpa au grenier, prit toutes les couleurs de fils étendus pour sécher, les noua en une longue corde et se pendit avec.

Folle de colère, Athéna fit rétrécir le corps d’Âraina au maximum possible, tira l’un des fils :

—  Tu as voulu te pendre et bien j’ordonne à ton corps de reprendre vie. Tu voulais siéger aux côtés des dieux et bien tu seras pendue à ton fil tant que durera le temps, condamnée à tisser la toile pendue qui te servira de piège et qui te nourrira. Jeune fille tu fus, veuve noire tu seras. Souvent crainte, mortel sera ton venin.

 

La grand-mère émue regardait l’araignée:

 —  La jalousie est une arme redoutable, destructrice et impitoyable. Ainsi, la pauvre Âraina tisse et tissera sa toile tant que durera le temps.

Anéantie par ce récit, Léa cracha dans ces mains puis elle les tendit vers la toile d’araignée :

—  À partir de ce jour, Mademoiselle Âraina, je vous promets de vous respecter et de ne plus jamais vous pourchasser. J’apprendrai à tisser avec ma grand-mère afin de perpétuer votre noble métier.

La grand-mère, sourire aux lèvres, répondit :

—  En attendant la fraîcheur commence à se faire sentir. Il est temps de rentrer.

Fixant à son tour la toile sur le point d’être achevée, elle ajouta :

—  Qu’importe l’apparence, votre création continuera à se perpétuer tant que durera le temps. Je vous souhaite le bonsoir mon amie.

 


La petite Léa, venant de subir une grave opération, était en convalescence. Allongée à l’ombre du vieux mûrier aux côtés de sa grand-mère qui brodait son canevas en méditant, elle observait depuis un long moment une araignée qui tissait sa toile avec habileté. Tout sourire, elle interpella sa grand-mère:

Texte: Mlle Derfoul
Illustration: Athéna et Arachné de Jacopo Robusti dit Le Tintoret (1543)

Mlle Derfoul a participé au n°0 du Cri du menhir en juin 2017 consacré au thème « sous la mer », avec le très joli conte « Naya ». Elle a publié également un recueil de contes, Mémoire du figuier chez Chemin Faisant en novembre 2017 (épuisé) et vient de sortir le roman Les maux des bleus (mai 2018) chez L’Harmattan.

9782343149387r

 

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